Pourquoi le Conseil départemental a-t-il impliqué les EPCI sur le sujet de l’attractivité résidentielle ?

Émilie Rousseau (Conseil Départemental) : le Département a d’abord investi dans cette démarche il y a plus de 2 ans, à la suite de la création de la marque l’Esprit Creuse.  Il est apparu comme une évidence de collaborer sur cette thématique commune avec les intercommunalités. Par ailleurs, nous avions déjà des EPCI très actifs sur le sujet, notamment à Creuse Grand Sud avec la présence d’un chargé de mission dédié à temps plein au sujet (Amandine Bonnaud) hérité des politiques massif central. Les rôles sont différents entre le Conseil Départemental et les intercommunalités, il semblait donc naturel de travailler avec cet échelon.

L’attractivité résidentielle, contrairement à l’attractivité touristique ou économique, n’est pas reconnue comme une compétence en tant que telle par la loi NOTRE, comment portez-vous donc cette mission ?

Lucas Pair (Haute-Corrèze Communauté) : une étude GPEC a été réalisée en 2022 sur le territoire et les résultats étaient sans débat : plus de 3 000 postes seront à pourvoir dans le territoire d’ici à 2030, c’est pourquoi nous nous sommes investis pour faire venir de nouveaux habitants.

Dany Gillazeau (Marches et Combrailles) : dans mon territoire également, c’est la réalité économique qui a permis de tirer la sonnette d’alarme. Nous avions besoin de main-d’œuvre. Les chiffres étaient parlants.

Amandine Bonnaud (CC Creuse Grand Sud) : de notre côté, c’est plutôt le solde démographique qui nous pousse à agir, car il est négatif (-1000 habitants par an à l’échelle de la Creuse) mais pour autant notre solde migratoire est positif. C’était un signal fort pour nous encourager à attirer des populations et à travailler ensemble pour essayer de continuer à faire monter cette courbe. 

Fin 2019, il y a eu une forte portée politique de la part des élus pour prendre cette étude en compte et mettre en place des actions concrètes. 

Avant de travailler avec le Département, aviez-vous déjà investi le sujet de l’accueil dans votre territoire ? Quelles actions avez-vous déjà mises en place ? 

Laurent Rayon (Entente Ouest Creuse) : dans mon intercommunalité, c’est grâce à l’action du Conseil départemental que nous nous sommes structurés. Nous n’avions ni le budget ni la vision nécessaire pour se lancer seuls. 

Dany Gillazeau : il y avait eu un dispositif pendant 3 ans, mais qui n’a pas été poursuivi. Le sujet a été repris par le Département ce qui nous a permis de réinvestir le sujet. Nous avons encore besoin de nous structurer en interne pour aller plus loin. 

Amandine Bonnaud : de notre côté, nous sommes engagés depuis 2019. Je suis à temps plein sur cette activité et c’était relativement le même plan d’action. Grâce aux élus et offices de tourisme volontaires, nous avons commencé à développer la culture de l’accueil, ainsi qu’à accompagner et à structurer les offres d’installations. 

Quelles actions complémentaires ont été mises en place depuis la collaboration avec le Département ? 

Nicolas Neyret (Conseil Départemental) : la mise à disposition d’un outil commun [Cati, le logiciel fournit par Laou] a permis de structurer l’activité. Nous avons tous accès aux informations sur les profils que nous accompagnons et cela permet de mieux travailler ensemble. 

Amandine Bonnaud : le fait d’avoir un outil dédié a changé mon quotidien. Cela permet de pouvoir tout renseigner et de faire un bon suivi. 

En quoi consiste votre travail d’accompagnement des familles souhaitant s’installer dans le territoire ? 

Ensemble :  lors du premier échange, on fait un diagnostic pour cerner leur projet : recherche d’emploi et de logement, vie quotidienne souhaitée, proximité avec la nature envisagée… 

Notre objectif est d’essayer de répondre au mieux à leur demande en leur donnant des conseils et des contacts. 

  • Pour le logement : 
    • on fait beaucoup d’aiguillage pour choisir le lieu d’installation en cernant leurs attentes
    • on sollicite les mairies, pour les logements communaux ou autres dispositifs existants 
    • on met en relation avec des agences pour les projets d’achat
  • Pour l’emploi : on met en réseau avec les clubs d’entreprises locaux ou directement les RH des entreprises
  • Pour les freelances : on oriente vers des espaces de coworking et des tiers lieux 
  • Pour les porteurs de projet : ce sont les chambres consulaires qui prennent le relais 

Avez-vous déjà rencontré des familles directement dans votre territoire ? 

Laurent Rayon : ce n’est pas une généralité mais j’ai dû recevoir une petite dizaine de familles effectivement. 

Quand ils viennent, c’est que le projet est très avancé, on voit une très grande différence de motivation. L’échange n’est pas du tout le même, c’est très qualitatif. À titre d’illustration, au téléphone, on échange environ 20 minutes alors que sur place les rdv durent facilement 1h. 

Amandine Bonnaud : l’enjeu quand les familles viennent visiter le territoire, c’est aussi qu’elles rencontrent les bonnes personnes. Pour cela, il y a aussi une sensibilisation à faire avec les Creusois eux-mêmes pour accompagner les gens.

Nicolas Neyret : en parallèle des accueils individuels, le Conseil Départemental de la Creuse a déjà organisé 3 séjours immersifs pour faire découvrir le territoire à une trentaine de familles. Plusieurs installations ont eu lieu à la suite de ces séjours. 

Week-end immersif réalisé à la Souterraine en avril 2023

Comment décririez-vous vos relations avec les familles que vous accompagnez et qui se sont installées ? 

Émilie Rousseau : elles sont bonnes et suivies, régulièrement, je reçois des SMS et des emails des familles pour me donner des nouvelles ! 

Amandine Bonnaud : je revois souvent les familles, notamment lors des soirées d’accueil organisées. Le lien se perpétue dans le temps. 

Dany Gillaizeau : plusieurs m’ont déjà proposé d’aller boire un café ! J’ai également intégré plusieurs personnes dans les associations dans lesquelles je m’investis. J’ai même déjà aidé à faire un déménagement 🙂 

Quels sont les types de familles que vous accompagnez ? 

Amandine Bonnaud : ceux pour qui il est le plus facile de se lancer, ce sont les télétravailleurs ou les indépendants, car ils n’ont pas ce frein de l’emploi. On accompagne toutes les familles, ce sont souvent des familles avec de jeunes enfants.  

On a eu une vague de personnes qui avait bénéficié du télétravail directement après le COVID. Aujourd’hui, la situation a évolué, déménager coûte plus cher, ce n’est pas aussi facile de se lancer. C’est un vrai choix de vie à accompagner. 

On constate parfois un décalage aujourd’hui entre les familles qui veulent déménager et celles qui peuvent le faire. 

Citez-nous un élément marquant depuis que vous gérez ce dispositif : familles installées, rencontres marquantes, projets qui se sont montés… 

En termes de chiffres, le Conseil départemental de la Creuse et les intercommunalités ont déjà suivi près de 400 familles dans leur projet, qu’il soit mature ou de plus long terme, et + de 50 familles ont été installées grâce au collectif. 

Amandine Bonnaud : il y a un couple que je suis depuis 3 ans qui s’est finalement installé il y a 1 mois ! J’ai l’impression d’avoir suivi une partie de leur vie. Ils sont arrivés grâce à un logement passerelle qui s’est libéré et très vite, ils ont passé le permis de conduire, trouvé une structure pour les accueillir en tant qu’éducateur spécialisé…  

Ils n’étaient jamais venus dans le territoire et ils ont fait le grand saut ! 

Quelles sont vos prochaines étapes ? Comment on améliore le dispositif et allons plus loin ? 

Ensemble : sur le plan technique, ça fonctionne, on travaille bien en écosystème. Nous devons à présent aller plus loin dans la notoriété du dispositif, on doit se faire connaître, notamment même au sein du département par ceux qui n’ont pas encore conscience de notre travail quotidien en faveur de l’attractivité de la Creuse ! 

Côté ciblage de profils, nous avons également beaucoup d’offres de reprise de commerces disponibles dans le territoire, qui attendent leurs repreneurs, c’est un public qui devient prioritaire et que nous devons travailler. 

Enfin, un défi majeur est face à nous : le manque de logements en location dans notre territoire, nous avons besoin de trouver des solutions pour ceux qui veulent s’installer. Nous avons construit la première marche, mais si nous voulons essayer d’enrayer la baisse démographique, nous devons faire encore plus.

Laou est votre allié pour développer l’attractivité résidentielle de votre territoire.

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